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Mars 2004

Salut Nadège,

J’ai découvert ce site il y a peu de temps, et le fait de lire les histoires de toutes les personnes qui ont subi les mêmes choses que moi, y compris la tienne, me montre que je ne suis pas seule et cela m’a donné l’envie de raconter moi aussi cette douleur que je garde au fond de moi. Ca fait réfléchir et je vois que certaines personnes ont une histoire bien pire que la mienne.


J’aimais bien aller en vacances chez mon oncle, dans le Périgord, c’est joli et puis il y à des bois à côté de la maison, c’était super ! Tout était super sauf la sieste que j’étais obligée de faire l’après midi. Je croyais que c’était normal ce qu’il faisait, c’est ce qu’il me disait du moins. Il disait : « Il faut le dire à personne, jamais, c’est notre secret, sinon je vais aller en prison et ça serait de ta faute. Tu ne voudrais pas que Tonton aille en prison ? » J’avais 9 ans la première fois mais je ne me rappelle plus bien ni de la date, ni de l’âge que j’avais exactement. Ca a duré des années jusqu’au jour où je l’ai repoussé mais le mal était fait ! Il a continué jusqu’à ce que j’aie 16 ans, quand il me voyait, il s’arrangeait pour qu’on soit seuls et il m’attrapait, il me touchait les seins, les fesses et il essayait de m’embrasser. A chaque fois que j’allais chez lui, j’appréhendais, je me demandais ce qui allait se passer. Et un jour ça c’est arrêté, je ne sais pas comment, je ne me rappelle plus. J’ai tout gardé en moi jusqu’au jour ou mon frère à eu 9 ans et là, j’ai réalisé que lui aussi allait partir en vacances avec « l’autre » comme l’appelle un ami à moi, et j’ai eu peur. Je m’étais même juré que si un jour il osait toucher à mon frère je le tuerais.

Un jour j’ai fait la fête avec des amis et j’ai un peu trop bu mais ces verres en trop ont été utiles, et j’ai enfin parlé. C’est dur de dire quelque chose comme ça mais ça soulage et surtout le plus important c’est que j’avais confiance en ces amis, ils n’ont pas eu de réaction de rejet envers moi et je leur en suis reconnaissante. Pourtant, j’avais honte, c’est stupide, honte de quoi ??? C’est moi la victime ! Mais honte de m’être laissée faire, d’avoir fait des choses, d’être presque consentante même si à 9 ans je ne savais pas ce que faisais.

La douleur et les traumatismes infligés sont insoutenables et j’ai voulu mourir tellement j’avais mal, tellement je me détestais, tellement je souffrais en me regardant dans un miroir. Je ne supporte plus mon corps, je ne me supporte même pas moi-même, je ne supporte plus les autres parfois et je suis agressive, je pleure sans savoir pourquoi, et je souffre sans savoir pourquoi. Mais un jour, quelqu’un m’a dit qu’il ne voulait plus jamais m’entendre dire que je voulais mourir et aujourd’hui c’est grâce à lui si je suis encore là pour raconter mon histoire, je me suis rendu compte qu’il y avait des gens qui tiennent à moi et qui m’aiment et que je n’avais pas le droit de les décevoir. Se suicider n’est que de la lâcheté, c’est une fuite et la fuite ne sert à rien. Il ne faut pas fuir ses démons, il faut les combattre !


Cette douleur est toujours là mais elle est différente, c’est une déchirure intérieure, une mutilation de l’âme, il a bousillé ma vie mais je resterais debout et je me battrais car il ne vaut même pas la peine que je me sacrifie pour lui, que je souffre à cause de lui. Pour moi aujourd’hui, faire l’amour n’est pas beau, c’est une torture et à chaque fois je me demande quand cela sera fini ! Je suis incapable de ressentir quoi que ce soit, et quand c’est fini, je me sens sale, il faut que je prenne une douche, mais une seule douche ne suffit pas. Il faut surtout que la personne parte vite et que je ne la revois plus, elle me dégoûte et j’ai envie de vomir rien qu’en pensant à ce que je viens de faire ! C’est horrible ! J’aimerais trouver quelqu’un avec qui rester mais j’ai peur en même temps, peur de le décevoir et de ne pas arriver à l’aimer.

Ca soulage de dire tout ça à quelqu’un, surtout quand cette personne a subi la même chose. J’ai l’impression que plus j’avance et plus je jette les poids qui sont en moi, je viens d’en jeter un de plus et peut être qu’un jour je n’en aurais plus aucun à jeter.

Je voudrais remercier au passage Bilou (mon frère) et Sakkkar qui ont su être là quand j’en ai eu besoin et leur dire que ce qu’ils ont fait pour moi je souhaite leur rendre un jour. Je remercie aussi Amandine, ma meilleure amie d’avoir été là et de m’avoir écouté quand j’en avais besoin et quand ça n’allait pas.

Je souhaite également beaucoup de courage à toutes les personnes qui ont subi la même chose que moi et qui se sentent seules. Il faut parler pour que tout aille mieux, sinon on sombre.

Merci à toi Nadège, qui a eu la bonne idée de créer ce site, ça fait du bien de voir que nous ne sommes pas seuls et que des personnes sont dans le même cas que nous.

Valerie

 

Mars 2004

Bonsoir Valérie,

Je te répond bien tard à ton mail mais bon dès fois le temps manque ou tous simplement le moral.

As tu porté plainte ?
Cela te soulagerais d'avantage, je peux te l'assurer et tu protègerais ton frère et peut être d'autres enfants qui vont chez cet homme.

Serais tu d'accord pour que je mettes ton mail sur mon site à la page des témoignages ?

Bon courage et à bientôt,
Nadège

Avril 2004

Salut Nadège

Pour répondre à ta question, oui je vais porter plainte, mon avocate est en train de rédiger la plainte. Je pense moi aussi que ça va me soulager, c'est pour ça que je le fait. C'est un peu grâce à toi. Ton site m'a donné beaucoup de courage. Je serais contente si tu mettais ma lettre sur ton site, ça me fait plaisir que tu me le demandes, si cela peut donner du courage à certains comme cela m'en a donné à moi j'en serais heureuse.

Je te remercie pour l'aide que tu m'a apportée.

Bisous

Avril 2004

Bonjour Valérie,

Si je peux encore t'aider je serai contente de le faire...
Je mettrai ta lettre sur mon site mais peut être que cela mettra un peu de temps car on va refaire quelque peu le site pour qu'il soit plus agréable à lire...

Bon courage et et bientôt.

Bisous, Nadège

Septembre 2004

Je ne pense pas que le suicide soit une lâcheté, une fuite plutôt, là d'accord. En fait je crois que c'est un état de faiblesse devant une douleur trop grande à un moment donné par rapport à nos capacités à lutter ou à gérer cette douleur, cette crise psychologique, cette détresse. 
La solution de bon sens apparaît donc comme soit affaiblir cette douleur, soit renforcer notre capacité à gérer cette détresse, voire les deux. Pour affaiblir la douleur, la réponse des Psy... semble être d'accepter de se rappeler une bonne fois pour toute et complètement de la ou des situations traumatiques (qui ont causé la souffrance) pour pouvoir la digérer, l'accepter et la dépasser. Comprendre comme le dit Valérie que la faute est celle de l'abuseur et non celle de la victime, que la honte éprouvée est injustifiée.

Si des professionnels lisent ces lignes, leur commentaire est le bienvenu.

Souvent des proches de victimes nous demandent comment ils peuvent les aider, la première chose est de les écouter avec une oreille attentive, sans trop les interrompre et surtout sans juger de façon évidente ni la victime, ni l'abuseur. D'abord laisser parler, l'analyse se fera après coup, seulement quand la victime aura vidé son sac et qu'elle même aura commencé personnellement son analyse des faits tout en reprenant des forces. 

La majorité des victimes souffrent d'une perte d'estime d'elle même et craignent la réaction de rejet ou de dégoût des personnes qui pourrait être au courant de leur abus. Cette réaction de rejet est pourtant à notre connaissance aussi rarissime qu'elle serait injustifiée. 

Notre expérience montre et c'est ce qui a conduit Nadège a renommer son site, "Le poids du silence", que parler de cet abus à des personnes en qui ont place un peu de confiance est la première source de réconfort. Faute de quoi, et c'est ce que permet Internet entre autre, un premier pas constitué par un témoignage anonyme, à une personne dont on connaît l'histoire sans la connaître personnellement, ni affronter la présence ou le regard et dont on suppose la bienveillance a déjà très souvent permis ce premier pas libérateur.

 

 

Chacun a sa sexualité propre, Nadège à ma connaissance ne connaît pas ce dégoût de son corps et des relations sexuelles (je suis son mari) et nous aimerions beaucoup vos réactions sur le sujet qui permettrais de découvrir des pistes, des moyens de guérir cette perte de désir, de plaisir ou d'attrait pour l'amour physique.

Mon conseil, déjà donné il y a quelques temps à une autre femme, était de redécouvrir l'approche physique câline.

Il est impératif de pratiquer tous ces jeux en ayant plus ou moins bien prévenu son partenaire de sa souffrance et obtenu son acceptation de stopper immédiatement soit complètement le jeu amoureux, soit toute action gênante, traumatisante ou même simplement désagréable.

Apprendre à se déshabiller petit à petit de façon confiante pour quelqu'un, au coin du feu devant la cheminée, au sauna, en été dans un endroit ensoleillé, calme et isolé... bref dans un endroit ou personne ne vous dérangera ( absence de tout stress externe) et ne pas hésiter à interrompre immédiatement si c'est trop désagréable. D'un autre coté, apprenez à ressentir le moindre moment agréable et savourez le au lieu de craindre l'échec.
Apprenez également à vous approprier la nudité de votre partenaire, à le considérer comme ce qu'il est : un ami avec qui vous voulez passer un bon moment

C'est en ayant une pensée volontairement positive que vous obtiendrez des satisfactions.
Que vous méritez et obtiendrez. 

Initiez vous aux massages, doux et progressifs, il sont gage de confiance dans votre partenaire et en vous même, apprenez à toucher avec plaisir le corps de l'autre. A accepter que l'autre vous touche, simplement de façon thérapeutique ou juste érotique sans forcément qu'un acte sexuel ne suive. Si le moindre "flash" venait, si l'espace d'un instant le visage de votre agresseur se plaquait su celui de votre compagnon, que vous décidiez de stopper le jeu, ou de vous forcer un peu à le continuer, que se soit pour faire plaisir à votre partenaire ou parce que vous croyez que cette gêne peut passer, ne dépassez pas vos limites, ne cachez pas votre gêne à votre partenaire, vous êtes là pour vous amuser et reprendre confiance. Vous êtes une personne aimée ou appréciée. Vous n'êtes pas avec votre agresseur mais avec quelqu'un que vous même appréciez. Prenez conscience de la différence entre une relation voulue et une relation imposée. Prenez des marques et assimilez les.

 

 

Certaines victimes de leur plein gré, apprécient que leur amant leur impose des actes sexuels. Il semblerait que se soit un moyen volontaire de dépasser la souffrance en étant cette fois consentante à de petites violences, en étant le décideur. Je n'ai pas d'avis tranché sur la question sur les éventuels bienfaits de cette approche et encore moins sur la moralité ou la normalité de ce type de relation. Pour nous toute relation entre adultes consentants est bonne pourvu qu'elle ne nuise à personne. Encore une fois, si des professionnels lisent ces lignes, leur commentaire est le bienvenu. Vos témoignages nous éclairerons peut être également. Il faut voir les motivations. Est ce vraiment un moyen de reprendre le contrôle, ou est ce une punition pour une faute que vous croyez avoir commise ? Est ce une étape ? Est ce que ça vous fait plus de bien que de mal ? Est ce une petite fessée amoureuse ou de réels sévices ? Même si la douleur physique est dérisoire face à la douleur psychologique, Nous manquons totalement d'informations  sur ce sujet et ne pouvons ni ne voulons donc ni juger ni conseiller.

 

 

Pour finir, je ne peut m'empêcher de vous dire, que si vous décevez votre partenaire, ce n'est pas vraiment du à votre agression, c'est le résultat de la vie quotidienne, chacun à ses problèmes, tout le monde à vécu des agressions, quelles soient sexuelles ou pas, au travail, avec ses amis ou sa famille,  les conflits  sont inévitables et votre partenaire n'est pas forcément mieux loti que vous. Mais chacun fait le maximum pour prendre sur lui et construire son couple, pour résoudre ses problèmes avec ses amis et sa famille. Accordez vous des moments ou vous vous occupez de vos problèmes, accordez vous des moments ou vous vous occupez des problèmes de votre entourage et accordez vous des moments de détente. N'oubliez pas votre problème, apprivoisez le, mais voyez  aussi ceux de votre conjoint, parlez vous calmement et sereinement, écoutez le, ou demandez lui son avis s'il ne le fait pas assez.

En cas de problème, une approche différente de la discussion peut être celle-ci : 

A écoute B sans l'interrompre jusqu'à ce B dise avoir fini
A pose des questions à B pour savoir si il à bien compris ce que B signifie et éventuellement prends des notes.

B écoute A sans l'interrompre jusqu'à ce A dise avoir fini
B pose des questions à A pour savoir si il à bien compris ce que A signifie et éventuellement prends des notes.

A dit à B ce qu'il pense de ce que B lui à dit au début sans être interrompu, B peut prendre des notes
B dit à A ce qu'il pense de ce que A lui à dit au début sans être interrompu, A peut prendre des notes

A et B peuvent commencer à discuter, tout en ne perdant pas de vue qu'il est plus important d'écouter que de répondre à la volée, Si vous n'écoutez pas votre partenaire, lui non plus et chacun parles dans le vide. Agir ou Réagir ?

 

PS: Ce n'est pas par lâcheté ou volonté de cacher mon identité, que j'alterne le "Je" et le "Nous", mais au contraire plutôt pour démarquer mon opinion personnelle de celle que je partage avec Nadège. Bon courages à tous et à toutes.

Renard

 

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